Lycée Gatet de Périgueux – Lettre ouverte au Ministre

“Covid et extrémisme : “abandonnés et méprisés”, les enseignants du Lycée Gatet de Périgueux écrivent au Ministre” – Reportage France 3 Aquitaine


L’intégralité de la lettre transmise au ministère par voie hiérarchique

Périgueux, le 3 novembre 2020

Nous, enseignants de la cité scolaire Laure Gatet à Périgueux, exprimons notre colère, notre incompréhension et notre exaspération à l’égard de la gestion des différentes crises qui affectent l’école : nous sommes abandonnés face à l’obscurantisme et au terrorisme, et méprisés au travers de la “gestion” de la pandémie.  

Vous avez ordonné un hommage a minima en catimini à notre collègue Samuel Paty.
Nous vous accusons d’avoir, sous couvert d’une situation sanitaire dont le «nouveau» protocole impose de ne pas se regrouper et de maintenir une distance « métrée », permis de n’organiser qu’un hommage expédié, tronqué et vidé de son sens.

Nous vous accusons de contribuer à nous décrédibiliser en laissant chacun.e traiter à sa façon la liberté d’expression, la laïcité, Charlie Hebdo, la satire, le fait religieux, la xénophobie ou bien encore le complotisme, alors qu’une concertation pour une parole commune et harmonieuse aurait été indispensable, particulièrement vis-à-vis des élèves les plus réticent.e.s à ces questions sensibles.

Nous vous accusons de renoncer, Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, à la protection des professeurs qui sont  le premier rempart contre l’obscurantisme. Comment encore croire à la “reconnaissance de la nation” ?
 
Vos mesures concernant la gestion de l’épidémie ne sont dictées que par des impératifs comptables.
 Nous vous accusons de ne pas respecter votre parole et de contribuer à rendre inopérant le confinement actuel en n’appliquant pas le dédoublement des classes dans le secondaire, dédoublement pourtant prévu en cas de circulation active du virus par votre propre protocole  sanitaire publié en septembre. La distanciation sociale « dans la mesure du possible » n’est pas possible dans la plupart des lieux de l’établissement : salles de classe, couloirs, réfectoire, file d’attente de la cantine scolaire.
 
Vous parlez d’école de la confiance alors que sur le terrain, vous mettez en œuvre l’école de la défiance.
Nous vous accusons, M. le Ministre de l’Education Nationale, de mépris, d’hypocrisie et d’atteintes au statut des enseignants et aux conditions de travail, en nous considérant comme des pions qui doivent se plier aux ordres et contre-ordres communiqués, non par la voie hiérarchique, mais au dernier moment par les médias.
 
·        Non ! L’hommage rendu à Samuel Paty dans de telles conditions n’est pas digne.
·        Non ! Les protocoles sanitaires ne sont pas appliqués.
·        Non ! Cela ne nous donne pas le sentiment que la “nation nous soit reconnaissante”.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre dévouement au service public d’éducation.